Il est un de mes pilotes préférés, sans doute le plus admiré, peut être parce qu'il m'a donné le virus du ciel en lisant son "Grand cirque" il y a des dizaines d'années.
Nous sommes aujourd’hui le 8 mai 1995, cinquante après cet armistice qui arriva enfin sur une Europe ruinée, encore drapée comme d’un crêpe de deuil par la fumée d’incendies qui seront bien longs à s’éteindre dans le cœur des hommes !
Je regarde nos ministres, avec notre Président, se presser dans la tribune pour célébrer NOTRE victoire. Ces hommes sont les héritiers de ceux qui avaient lâché sur la France les chiens du désastre de 1940 et dont la philosophie n’a pas changé. Je pense à ce que fut cette époque qui nous a menés à la guerre, et pour beaucoup de mes camarades des FFAL, à la mort. Le misérabilisme des chansons populaires, les ouvriers qui travaillaient trente heures de moins que les Allemands par semaine, et surtout la nationalisation de notre industrie aéronautique désorganisant la production en série et retardant dramatiquement la sortie d’avions prometteurs.
Quand je regarde aujourd’hui les photos des ministres et présidents du Conseil qui se succédaient sur le perron de l’Elysée, j’ai un haut-le-cœur devant ces personnages médiocres aux costumes fripés, souvent mal rasés, l’éternelle gauloise qui était devenue en emblème nationale collée au coin de la lèvre inférieure, leur feutre avachi… Doux Jésus, c’était cela mon pays qui allait affronter l’Allemagne !
C’est à cause de tout cela que je n’ai pas voulu le 6 juin 1995 dans ce petit matin brumeux du 50ème anniversaire du débarquement, me mêler à la foule plus intéressée par le spectacle des grands de ce monde dans la tribune d’honneur que par la commémoration. Nous avons préféré, quelques amis anglais et français, avec mes camarades Jacques Remlinger et Johnny Johnson, rendre un hommage à ceux des escadres 125 et 126 qui n’étaient pas revenus, opérant des petits terrains de Longues, Bazenville et Sainte-Croix. Deux monuments nous honoraient que nous avons inaugurés avec nos survivants, les écoliers et le conseil municipal des trois villages. Précédé par le chant triomphant, reconnaissable entre tous de son moteur Rolls-Royce Merlin, un Spitfire solitaire nous a alors survolés en rase-mottes à toute vitesse comme un fantôme de notre passé…. Nous étions les vainqueurs que l’ont de parlait pas – La RAF et les FAFL furent complètement oubliées des cérémonies officielles.
Pierre Clostermann, Le Grand Cirque - Dernière edition
Je suis revenu avec mon avion dans le ciel de Longue Sur Mer, après quelques passages bas en souvenir de ce grand pilote...